La domination de Wall Street pourrait perdre une partie de son avantage si les dépenses liées à l’intelligence artificielle cessent de convaincre les investisseurs. BCA Research recommande une rotation partielle vers les actions européennes, dont les valorisations sont plus faibles et l’exposition aux grandes valeurs technologiques américaines plus limitée.
Le signal récent est spectaculaire. Le Nasdaq a chuté de 6,4 % jeudi, illustrant la nervosité autour des investissements massifs consacrés aux infrastructures d’IA. BCA n’anticipe pas un effondrement immédiat de ce cycle, mais estime que les questions sur les permis, la réglementation, le financement et surtout le rendement futur des capitaux engagés deviennent difficiles à écarter.
L’Europe pourrait profiter de ce changement de perception. Ses marchés ont été pénalisés par le coût de l’énergie, une croissance plus faible et l’absence de géants technologiques comparables aux leaders américains. Ces mêmes caractéristiques peuvent désormais devenir des avantages relatifs. Une moindre concentration dans l’IA réduit le risque de correction sectorielle, tandis que la décote de nombreux secteurs défensifs offre un point de départ plus raisonnable.
La trajectoire du pétrole et du gaz sera déterminante. Une baisse durable allégerait les dépenses des ménages européens et améliorerait les marges des entreprises industrielles. Elle réduirait également les pressions inflationnistes dans la zone euro. Les marchés anticipent environ 50 points de base de hausses de taux de la Banque centrale européenne en 2027, mais cette projection pourrait être revue si l’énergie se normalise au premier semestre.
Le scénario reste exposé à la géopolitique. Les analystes de BCA évaluent à 30 % la probabilité d’une nouvelle escalade autour de l’Iran dans les prochains mois. Un regain de tension ferait remonter les prix énergétiques et fragiliserait précisément l’un des principaux arguments en faveur de l’Europe.
Pour un investisseur français, la conclusion ne consiste donc pas à vendre toutes les actions américaines. Il s’agit plutôt de réduire une concentration devenue élevée et de renforcer progressivement les actions européennes défensives, éventuellement au moyen d’un ETF large ou sectoriel. Santé, consommation stable et entreprises générant des flux de trésorerie réguliers peuvent mieux résister si la croissance ralentit.
BCA précise enfin que sa préférence est relative. Le cabinet reste pessimiste sur l’économie de la zone euro en 2027 et conserve une sous-pondération globale des actions face aux obligations d’État. L’Europe pourrait donc surperformer Wall Street même si les deux marchés baissent. Cette nuance est essentielle pour calibrer le risque du portefeuille.
