La suggestion d’annuler les titres de dette française détenus par la Banque de France a été remise en avant le 24 juin par Jean‑Luc Mélenchon. Elle concerne des créances détenues au sein de l’Eurosystème et intervient alors que la dette publique française s’établit à 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB (INSEE, fin mars 2026). Les économistes débattent de ce qu’un tel effacement changerait concrètement pour l’État et pour les marchés.

Jézabel Couppey‑Soubeyran (Paris 1, Institut Veblen) défend l’idée que supprimer ces créances permettrait aux États de « se donner les moyens d’investir à dette constante » en libérant une capacité d’investissement, qu’elle évalue à environ 3 000 milliards d’euros au niveau européen. Elle insiste sur le fait que seules les OAT détenues par la Banque de France seraient visées, pas celles détenues par les épargnants via assurance‑vie, banques, assureurs ou fonds.

Sylvain Bersinger (fondateur de Bersingéco) réplique en raisonnant à l’échelle du secteur public : l’État diminuerait sa dette, mais la Banque de France perdrait une créance, entraînant une neutralisation du gain comptable. Il évoque aussi la possibilité de suppression de dividendes de la banque centrale ou sa recapitalisation. Les deux conviennent qu’une banque centrale peut opérer avec des fonds propres négatifs, mais en tirent des conclusions opposées.

Sur les marchés, l’impact est incertain : Couppey‑Soubeyran ne prévoit pas de panique si les créanciers privés restent remboursés, tandis que Bersinger craint un signal négatif menant à des ventes d’obligations ou à une demande de prime de risque plus élevée. La France emprunte aujourd’hui à des taux bien supérieurs aux niveaux de la crise sanitaire (OAT 10 ans à 4,19 % le 4 septembre), ce qui complique l’équation.

Juridiquement, une annulation décidée seulement par Paris est « inenvisageable » : la mesure devrait être adoptée au niveau de l’Eurosystème. L’article 123 du traité européen interdit le financement direct des États, mais les titres concernés ont été acquis sur le marché secondaire, ce qui, selon Couppey‑Soubeyran, n’est pas « frontalement illégal ». Bersinger souligne en revanche les obstacles juridiques et politiques au niveau européen.

Le fond du désaccord reste la nature du bénéfice : instrument exceptionnel pour financer de nouveaux investissements selon Couppey‑Soubeyran, enjeu purement comptable et sans gain réel selon Bersinger.