Kevin Warsh doit s’exprimer vendredi à 14h00 GMT à Jackson Hole, un rendez-vous annuel majeur pour les responsables de la politique monétaire. Nommé en mai, il sera jugé par ses pairs et observé par les salles de marché mondiales, alors que beaucoup espèrent des actes pour lutter contre l’inflation, quitte à s’exposer aux attentes du président Donald Trump.
Les marchés cherchent à savoir si Warsh donnera des indications sur la trajectoire des taux pour la réunion de septembre. Gregory Daco (EY) anticipe un discours potentiellement abstrait centré sur la nécessité de réformer la Fed et les groupes de travail lancés depuis sa prise de fonction, plutôt qu’une annonce nette en faveur d’une hausse des taux.
La situation est d’autant plus délicate que la Fed a connu récemment des dissensions : lors de la réunion de fin juillet, trois des douze votants ont souhaité une hausse des taux, mais le statu quo a prévalu. Diane Swonk (KPMG) souligne qu’un tel niveau de désaccord est «extraordinaire» si tôt après l’arrivée d’un nouveau président et estime que Warsh doit restaurer la crédibilité d’une institution «écornée» par cinq ans d’inflation au-dessus de l’objectif de 2 % ; les prix avaient augmenté presque deux fois plus vite en juin.
La Maison Blanche, qui attend des taux plus bas pour stimuler la croissance, a multiplié les tensions avec la Fed, y compris des menaces passées contre des gouverneurs. La Cour suprême a récemment protégé des dirigeants de la Fed tout en élargissant les pouvoirs de Donald Trump, et l’exécutif a relancé les hostilités ce mois-ci. Gregory Daco ne voit pas Warsh s’opposer publiquement au président afin de préserver sa «lune de miel».
Pour Diane Swonk, un message court et clair – défendre l’indépendance, s’engager fermement à restaurer la stabilité des prix et expliciter les critères d’action sur les taux – est nécessaire pour éviter une sanction du marché obligataire qui ferait remonter les coûts d’emprunt de l’État et des ménages.


