L'obsession européenne pour l'autonomie stratégique s'est renforcée après des crises successives (Covid, guerre en Ukraine) qui ont exposé des dépendances critiques, notamment sur l'énergie et les biens de santé. Damien Mariette (CPR AM) rappelle la différence entre souveraineté d'État et autonomie stratégique collective : sans capacité d'action indépendante sur les secteurs jugés cruciaux, la souveraineté réelle est compromise. La pandémie a mis en lumière la nécessité de relocaliser certaines productions, et la guerre en Ukraine a souligné la vulnérabilité énergétique face aux approvisionnements extérieurs.

Le diagnostic met en avant des choix de long terme : sur 20 ans, l'Europe a choisi la mondialisation pour préserver le pouvoir d'achat, au prix d'une désindustrialisation et d'un recul relatif face aux États-Unis. En 2002 le PIB européen dépassait de 4% le PIB américain ; aujourd'hui il n'en représente qu'environ la moitié, selon l'article. Les États-Unis ont misé sur la technologie, la Chine sur la transition énergétique ; l'Europe n'a pas investi à la même échelle, d'où l'importance d'initiatives publiques récentes comme le Chips Act (4 milliards d'euros dédiés) et d'autres mécanismes (InvestEU, Green Deal).

Sur le plan sectoriel, l'électrification (réseaux et datacenters) et la santé sont identifiées comme mégatendances stratégiques. Près de 40% du réseau électrique européen a plus de 40 ans et doit être modernisé pour absorber de nouveaux usages ; parallèlement, 80% des actifs clés des médicaments sont produits en Asie, provoquant des ruptures de stock. Des entreprises comme Schneider Electric, Airbus, Safran, Air Liquide ou Total sont naturellement positionnées pour profiter de la relance industrielle ciblée, mais la réussite dépendra d'un investissement soutenu et d'une volonté politique cohérente.

Le gérant souligne la nécessité d'un effort public continu : relance budgétaire ciblée et financement de projets de long terme (R&D, infrastructures) pour faire émerger des champions. L'objectif européen de doubler la production de semi‑conducteurs jusqu'à atteindre 20% de la consommation d'ici la fin de la décennie reste ambitieux (la production devrait atteindre environ 13% selon l'analyse citée). En l'absence d'investissements massifs et d'une coordination politique claire, les progrès risquent d'être limités.

Enfin, l'approche recommandée pour les investisseurs est « patriotique » et centrée sur le marché domestique : tirer parti des politiques publiques pour identifier des titres avec visibilité de long terme, tout en restant vigilant aux risques politiques et à l'endettement qui pourrait freiner les plans d'investissement.