Depuis l’été, la France a vu ses taux d’intérêt publics monter plus fortement qu’ailleurs : les rendements ont dépassé 4 % et le spread vis‑à‑vis de l’Allemagne s’est élargi autour de 85‑90 points de base. Cette détérioration tient d’une combinaison de chocs externes — hausse des anticipations d’inflation liée aux prix de l’énergie, vagues d’émissions souveraines mondiales et tensions géopolitiques — et d’une dynamique budgétaire interne marquée par un déficit récurrent supérieur à 5 % du PIB depuis la crise du Covid (sauf 2022). Le gouvernement affiche un objectif de déficit à 4,9 % pour 2027, mais l’incertitude politique et l’absence de consensus à l’Assemblée accentuent les inquiétudes des investisseurs.

Le paysage obligataire mondial exerce une pression supplémentaire. Aux États‑Unis, la dette « externe » à financer frôle 32 000 milliards de dollars et la charge d’intérêts atteint environ 1 000 milliards cette année ; le Congressional Budget Office estime la dette publique américaine, hors dettes intra‑administratives, en direction de 120 % du PIB. Parallèlement, les « hyperscalers » (Meta, Google/Alphabet, Oracle…) empruntent massivement : l’endettement obligataire des acteurs liés à l’IA est passé de quelques dizaines de milliards en 2023‑24 à plus de 200 milliards cette année, avec des prévisions supérieures à 400 milliards, et Goldman Sachs évalue à près de 500 milliards la dette liée à l’IA prise en compte cette année.

La Banque centrale européenne ne compense plus ces tensions : le « quantitative tightening » a réduit la demande de titres pour la BCE d’environ 537 milliards l’an dernier et de l’ordre de 500 milliards cette année, dont 420 milliards ciblent des obligations publiques alors que l’endettement des pays de la zone euro est estimé entre 1 400 et 1 500 milliards cette année. Face à ces forces conjuguées, les économistes évoquent le risque d’un « effet boule de neige » si les taux d’intérêt venaient à rester au‑dessus du taux de croissance, et notent que la dette française, bien que pas au bord d’une crise souveraine, évolue désormais dans un environnement moins accommodant.