Les attaques ukrainiennes qui ciblent désormais des infrastructures civiles touchent directement l’économie russe de proximité. Sylvain Tronchet souligne que Wildberries, qualifié de « place de marché du peuple russe », voit ses dépôts frappés, ce qui affecte petites entreprises et indépendants dépendant de la plateforme. Parallèlement, des difficultés d’approvisionnement — notamment en carburant — et une inflation galopante pèsent sur le quotidien.

La perception de la guerre a profondément changé: «il n'existe pas de Russes qui ne soient pas conscients de la réalité de cette guerre», observe Tronchet. Même parmi les partisans de Vladimir Poutine, la guerre est reconnue pour ce qu’elle est, et les tombes fraîches dans les cimetières témoignent des pertes. Malgré cette conscience générale et une fatigue sociale croissante, l’expression publique du ras‑le‑bol reste très limitée en raison d’une répression stricte et d’une censure omniprésente.

La dimension sociale s’est aggravée: les inégalités se sont accrues avec des oligarques ayant «profité de cette guerre» via le rapatriement de fortunes assorti d’accès à des marchés publics. À l’opposé, des habitants de régions pauvres trouvent dans l’engagement militaire une source de revenus supérieurs à ce qu’ils pouvaient espérer localement, au prix de risques mortels. En parallèle, les salaires stagnent tandis que les taux d’intérêt atteignent parfois 20 à 25%, une combinaison qui rogne le pouvoir d’achat.

Conséquences psychologiques et sociales émergent: une hausse de la consommation d’antidépresseurs depuis le début de l’invasion est rapportée, illustrant la détérioration du bien‑être collectif. Tronchet insiste sur la rupture du contrat social: la stabilité n’est plus assurée et la prospérité apparaît comme un «rêve oublié», alors que le sommet du pouvoir ne paraît pas disposé à changer de cap.