La hausse du prix de l’argent est globale et marquée : le taux d’emprunt français à dix ans atteignait 4,24% le 2 septembre, contre 3,2% il y a un peu plus d’un an, un niveau inégalé depuis vingt ans. La France doit emprunter plus de 300 milliards d’euros cette année, donc même une variation d’un point de pourcentage a un coût budgétaire significatif. Le phénomène touche aussi les États-Unis (taux autour de 4,8%) et le Japon, où les taux sont au plus haut depuis 1996, ainsi que l’Allemagne.
Les investisseurs exigent des rémunérations plus élevées parce qu’ils perçoivent des risques accrus. Les dettes publiques mondiales atteignent des niveaux historiques en temps de paix, ce qui inquiète les grands prêteurs. En parallèle, le vieillissement démographique pèse sur les dépenses sociales et les tensions géopolitiques imposent des investissements militaires soutenus : autant de besoins de financement supplémentaires qui alimentent la hausse des taux.
Le secteur privé contribue lui aussi à la demande de capitaux : de grandes entreprises technologiques sont massivement endettées pour financer des projets, notamment autour de l’intelligence artificielle. Cette accumulation de besoins de financement, publique et privée, augmente la pression sur le prix de l’argent.
L’inflation renforce encore le mouvement. La hausse des prix, particulièrement sensible sur l’énergie, réduit la valeur réelle des remboursements et pousse les créanciers à réclamer des taux plus élevés. Les perturbations liées, entre autres, à la guerre en Iran — qui fait flamber les cours du pétrole et du gaz — et la fragilisation des chaînes d’approvisionnement suggèrent un risque d’inflation durable. Pour les particuliers, le constat est double : en tant que contribuables, la charge de la dette publique augmente ; en tant que consommateurs, leurs crédits immobiliers et à la consommation deviennent plus coûteux.


