L’essor de l’intelligence artificielle est en train de devenir un investissement d’infrastructure d’une ampleur exceptionnelle aux États-Unis. Une estimation de l’économiste Stijn Van Nieuwerburgh, publiée par la Brookings Institution et relayée par le Wall Street Journal, chiffre à 10 300 milliards de dollars les investissements américains dans l’IA et les data centers entre 2025 et 2032. Cela représenterait en moyenne 3,6 % du PIB américain par an. Goldman Sachs estime déjà leur poids à 1,9 % du PIB cette année.
Cette dynamique soutient directement la construction. Entre janvier et juillet, les dépenses privées consacrées aux data centers ont atteint 37 milliards de dollars en données corrigées des variations saisonnières, soit environ 9 milliards de plus qu’un an auparavant. Dans le même temps, les autres dépenses de construction privée ont reculé d’environ 46 milliards. L’effet est également visible sur l’emploi : LinkedIn estime que plus de 750 000 emplois liés à l’IA ont été créés depuis 2023, dont 117 000 dans les data centers depuis 2024.
Cette accélération crée toutefois des tensions sur les ressources. Les infrastructures numériques consomment beaucoup d’électricité et mobilisent une main-d’œuvre spécialisée, ce qui peut faire progresser localement les prix du foncier, de l’énergie et les salaires. Les prix d’importation américains des ordinateurs, équipements électroniques et semi-conducteurs ont ainsi augmenté de 20 % sur un an le mois dernier.
Le financement constitue l’autre point de vigilance. Selon FactSet, Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle pourraient cumuler 4 200 milliards de dollars de dépenses d’investissement jusqu’en 2029. Une partie étant financée par la dette, la rentabilité future des activités d’IA devient déterminante. Pour les investisseurs, le sujet n’est donc plus seulement la croissance de l’IA, mais la capacité des revenus générés à justifier des dépenses d’infrastructure aussi massives sans fragiliser les bilans ni alimenter durablement l’inflation.
