Jefferies a abandonné son approche traditionnelle—axée sur les taux d’intérêt réels et le dollar—et a reconstruit un cadre quantitatif sur la période 1995‑2025. Le nouveau modèle retient trois variables centrales : l’intensité de la diversification des réserves (achats nets annuels d’or par les banques centrales divisés par la part du dollar dans les réserves), un indicateur binaire montrant si l’or a dépassé les bons du Trésor américain dans les réserves, et le déficit budgétaire américain en % du PIB. Les taux courts, la M2 et l’indice dollar ont été exclus de la régression, Jefferies estimant qu’ils sont en partie capturés indirectement par ces nouvelles mesures.
Le cabinet juge que la diversification des réserves est la mesure la plus novatrice : elle synthétise à la fois l’accumulation physique d’or par les banques centrales et l’érosion relative de la part du dollar. Selon Jefferies, cette dynamique, combinée à la situation budgétaire des économies développées, explique une part significative de la variance annuelle du prix de l’or depuis 1995. Le rapport note par ailleurs que l’or a plus que doublé depuis le début de 2024, un mouvement « bien corrélé » à l’accélération des achats de réserves.
Sur la trajectoire des prix, Jefferies confirme une fourchette supérieure au consensus : 4 500 $/once pour le second semestre 2026, 5 000 $/once pour le premier semestre 2027, et un objectif intermédiaire de 4 650 $/once d’ici la fin de l’année. Pour les investisseurs actions, le cabinet rappelle que les grandes sociétés minières (Newmont, Agnico Eagle) et les sociétés de redevances bénéficient mécaniquement d’un rallye durable de l’or, car leurs revenus et flux de trésorerie augmentent lorsque le prix réalisé dépasse leurs coûts.
Le scénario baissier principal identifié est un renversement des banques centrales : un passage à des ventes nettes aurait un impact négatif significatif sur l’or. À l’inverse, trois scénarios extrêmes, pris séparément, pourraient chacun propulser l’or au‑dessus de 5 000 $ : un retour à des déficits type Covid (~14 % du PIB), la part du dollar dans les réserves mondiales descendant sous 40 %, ou un doublement du rythme actuel d’achats d’or par les banques centrales. Jefferies qualifie son modèle d’outil directionnel utile, non d’un substitut exhaustif à une analyse macroéconomique plus large.

