Le marché ne se contente plus de récompenser les annonces de dépenses massives dans l'intelligence artificielle. Il cherche maintenant à savoir quelles entreprises peuvent financer durablement cette course grâce à leurs activités existantes. Les réactions opposées aux résultats de Microsoft et d'Alphabet montrent que le flux de trésorerie redevient un critère central de valorisation.
Microsoft a dégagé 18,6 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible sur son premier trimestre fiscal, soit près de 10 milliards de plus que les attentes, malgré 45,2 milliards de dollars investis dans ses infrastructures. Azure a enregistré une croissance de 48 %, supérieure aux prévisions. Cette combinaison entre accélération du cloud, investissements élevés et trésorerie encore solide a rassuré Wall Street, avec une progression de plus de 3 % du titre dans les échanges après la clôture.
Alphabet présente une équation plus délicate. Les revenus de Google Search ont progressé de 12 %, contre une hausse de 14,7 % attendue, alors que les dépenses d'investissement devraient atteindre 205 milliards de dollars cette année. Google Cloud a certes plus que doublé son chiffre d'affaires, à 30,71 milliards de dollars, mais le groupe a consommé 9,07 milliards de dollars de trésorerie sur le trimestre. L'action a reculé de près de 10 % après la clôture.
Cette divergence ne signifie pas que les investissements d'Alphabet sont inutiles. Le groupe doit défendre son moteur de recherche face aux assistants conversationnels et construire les capacités nécessaires à la croissance du cloud. Mais le marché demande désormais une meilleure visibilité sur le calendrier de rentabilisation. Oracle a bénéficié de la logique inverse en annonçant vouloir plafonner ses financements externes et retrouver un flux de trésorerie positif au second semestre de son exercice 2028.
Pour l'investisseur, la lecture sectorielle change donc. Une forte croissance liée à l'IA ne suffit plus si elle s'accompagne d'une dégradation durable de la trésorerie ou d'un recours croissant à la dette. Les prochains résultats devront être analysés à travers trois variables complémentaires : progression des revenus du cloud, montant des investissements et évolution du flux de trésorerie disponible.
Le principal risque reste qu'une entreprise réduise trop tôt ses dépenses et perde du terrain technologique. À l'inverse, des investissements sans discipline financière peuvent peser sur les multiples de valorisation. Dans ce nouveau cycle, la qualité du financement devient presque aussi importante que la croissance annoncée.

