La Banque centrale de Turquie a repris son cycle d’assouplissement en abaissant de 100 points de base son principal taux directeur, de 37 % à 36 %. Le taux de prêt au jour le jour a été ramené de 40 % à 39 %, tandis que le taux d’emprunt au jour le jour est passé de 35,5 % à 34,5 %. La décision était largement anticipée par les marchés et constitue la première réduction du taux de référence depuis janvier.
Cette baisse s’appuie sur un ralentissement de l’inflation. La hausse annuelle des prix est revenue à 29,7 % en septembre, son niveau le plus faible depuis novembre 2021, après 31,5 % en août. La banque centrale considère que les données récentes confirment une modération de la tendance sous-jacente. La faiblesse persistante de la demande intérieure contribue également à limiter les pressions sur les prix.
Le taux réel demeure toutefois seulement modérément positif si l’on compare le taux directeur actuel à l’inflation observée. L’institution affirme donc vouloir conserver une politique restrictive jusqu’à l’établissement durable de la stabilité des prix. Son objectif de moyen terme reste fixé à 5 %, très éloigné du rythme actuel. La trajectoire des prix de l’énergie représente une incertitude majeure, notamment dans le contexte géopolitique régional.
La banque centrale doit aussi gérer une tension financière interne. Les autorités ont ordonné la liquidation de 131 fonds représentant environ 20 milliards de dollars d’actifs, après une crise ayant touché de nombreux investisseurs. Pour soulager la liquidité, l’institution a renforcé les opérations de pension et assoupli certaines limites de crédit destinées aux petites et moyennes entreprises. Cette intervention complique son arbitrage entre désinflation, stabilité financière et soutien à l’activité.
Pour l’investisseur, la baisse de taux peut favoriser les obligations locales et le crédit si la désinflation se poursuit. Mais le risque de change reste déterminant : une dépréciation de la livre peut effacer le rendement nominal élevé pour un investisseur en euros ou en dollars. La prochaine étape sera d’observer si la banque centrale maintient un rythme prudent ou accélère ses baisses. La crédibilité de la trajectoire dépendra de l’inflation, des réserves de change, de la stabilité des fonds et de la capacité de la livre à absorber l’assouplissement sans nouvelle pression.


