La déception provoquée par Intel s'est rapidement propagée aux fabricants européens de semi-conducteurs. L'action du groupe américain a chuté de 23 % après la clôture à Wall Street, ses prévisions de chiffre d'affaires ayant manqué les attentes. Cette réaction a ravivé les interrogations sur les dépenses liées à l'intelligence artificielle et déclenché des ventes dans l'ensemble de la chaîne technologique, d'abord aux États-Unis et en Asie, puis en Europe.

Les mouvements ont été importants dès l'ouverture. ASML, Infineon, STMicroelectronics, ASM International et VAT Group reculaient d'environ 3 % à 5 %. La baisse atteignait 6,3 % pour Technoprobe, 4,3 % pour BE Semiconductor et 11 % pour AT&S. Les valeurs cotées à Paris n'ont pas été épargnées: Soitec, STMicroelectronics et X-FAB figuraient parmi les groupes en baisse, avec des replis allant plus largement de 1 % à 9 % pour plusieurs fournisseurs européens.

Pour l'investisseur français, cette séance montre à quel point le thème de l'IA est devenu un facteur commun à des entreprises pourtant très différentes. Une prévision décevante d'un grand fabricant américain suffit à modifier les anticipations sur les volumes, les investissements et la rentabilité de tout l'écosystème. Le marché ne sanctionne donc pas seulement Intel. Il réduit aussi temporairement la prime accordée aux fournisseurs susceptibles de profiter de la montée en puissance des centres de données et des équipements avancés.

Cette lecture doit néanmoins rester nuancée. Selon un analyste de Metzler, les activités liées à l'IA et au cloud demeurent solides derrière des résultats globaux jugés peu convaincants. Il estime que des valorisations plus attractives et une croissance durable pourraient soutenir le secteur lorsque les investisseurs reviendront aux fondamentaux. La correction peut ainsi traduire un ajustement des multiples davantage qu'une rupture immédiate de la demande.

Le risque principal réside dans le décalage entre les investissements considérables engagés par les géants technologiques et les revenus réellement générés. Si les dépenses d'infrastructure ralentissent ou si leur rentabilité déçoit, les équipementiers et fabricants de composants pourraient subir de nouvelles révisions de bénéfices. À l'inverse, une confirmation de la demande dans le cloud et les accélérateurs pourrait stabiliser rapidement les cours.

Il faut enfin éviter de traiter toutes ces valeurs comme un bloc homogène. Leur exposition aux marchés finaux, leurs carnets de commandes et leurs valorisations diffèrent. Les baisses d'ouverture peuvent aussi être amplifiées par les mouvements techniques. La prochaine étape consistera donc à vérifier si la faiblesse se prolonge et si les entreprises européennes révisent réellement leurs perspectives, plutôt que de conclure à partir d'une seule séance.