Les fabricants chinois de diamants synthétiques accélèrent leur diversification vers les semi-conducteurs et les infrastructures d’intelligence artificielle. Confrontés à une offre abondante et à la baisse des prix des pierres destinées à la joaillerie, ils cherchent des applications industrielles à plus forte valeur ajoutée.

La Chine représente environ la moitié de l’offre mondiale de diamants de laboratoire. Dans la seule province du Henan, qui concentre près de 80 % de la production nationale, plusieurs industriels réorientent leurs investissements vers les matériaux fonctionnels. Un producteur local souhaite ainsi porter leur part à plus de 50 % de son activité d’ici 2030, contre une place encore dominante de la joaillerie aujourd’hui.

Le premier débouché commercial pourrait être la gestion thermique. Le diamant conduit particulièrement bien la chaleur, ce qui peut aider à refroidir les processeurs de centres de données toujours plus puissants. Des modules associant diamant et cuivre ont amélioré de 80 % le transfert thermique et de 10 % les performances des puces lors de travaux présentés par un institut chinois en avril.

L’intérêt industriel commence à se matérialiser. Lenovo commercialise en Chine un ordinateur portable intégrant un matériau de refroidissement à base de diamant et de cuivre. Des informations de presse indiquent aussi que Huawei et TSMC étudient cette technologie. En parallèle, des entreprises américaines, européennes et japonaises développent leurs propres substrats et solutions thermiques en diamant.

Cette tendance accompagne l’explosion attendue de la consommation électrique des centres de données. L’Agence internationale de l’énergie estime qu’elle pourrait plus que doubler d’ici 2030, pour atteindre environ 945 térawattheures. Une meilleure dissipation de la chaleur pourrait améliorer l’efficacité des infrastructures et limiter certaines contraintes de puissance.

Pour l’investisseur, le potentiel est réel mais encore inégal selon les applications. Le refroidissement paraît plus proche d’une adoption commerciale que l’utilisation du diamant comme matériau semi-conducteur. Cette dernière exige une pureté très élevée et des procédés de fabrication beaucoup plus stricts.

Les marges expliquent aussi l’intérêt des producteurs. Elles atteindraient environ 50 % sur les diamants industriels, contre 30 % à 40 % pour les pierres de qualité gemme. Henan Liliang Diamond prévoit d’ailleurs de réaffecter 1 milliard de yuans, soit près de 149 millions de dollars, à un projet de diamants fonctionnels.

Le risque géopolitique doit enfin être surveillé. Pékin a déjà intégré certaines machines et certains produits en diamant synthétique à son dispositif de contrôle des exportations. Si ces matériaux deviennent essentiels aux puces d’IA, leur chaîne d’approvisionnement pourrait rejoindre les semi-conducteurs et les terres rares parmi les enjeux stratégiques entre la Chine et les États-Unis.