L’euro a perdu 4,5 % face au dollar depuis le début de 2026, selon les variations arrêtées au 22 octobre et reprises dans une analyse de marché. Le contraste est marqué avec 2025, année durant laquelle la monnaie unique avait progressé de 13,4 % contre le billet vert. Cette inversion illustre la rapidité avec laquelle les anticipations sur l’énergie, la croissance et les banques centrales peuvent transformer l’équilibre du marché des changes.

Le conflit au Moyen-Orient joue un rôle central dans ce retournement. La hausse des cours du pétrole et du gaz pèse davantage sur les perspectives européennes, la zone euro étant importatrice nette d’énergie. Les États-Unis, moins dépendants des approvisionnements extérieurs en hydrocarbures, apparaissent relativement mieux protégés. La demande de dollars est également soutenue par la recherche de liquidité et de sécurité dans les périodes de tension géopolitique.

Depuis la mi-août, la monnaie unique a cédé environ 3,6 % contre le dollar, selon les chiffres cités. Cette accélération reflète aussi un différentiel de perception économique : les investisseurs redoutent un choc de coûts pour les entreprises et les ménages européens, tandis que plusieurs indicateurs récents ont souligné la résistance de l’activité américaine. Des interrogations sur d’éventuelles restrictions américaines aux exportations de gazole renforcent cette vulnérabilité européenne.

Pour autant, prolonger mécaniquement la hausse du dollar serait risqué. Des analystes mettent en avant le caractère déjà très consensuel des positions acheteuses sur la devise américaine. Une détente géopolitique pourrait faire refluer les prix de l’énergie et réduire l’avantage relatif du dollar. Les finances publiques des États-Unis, les débats autour de l’indépendance de la Réserve fédérale et la sensibilité des flux de capitaux aux valeurs technologiques constituent d’autres sources de fragilité à moyen terme.

L’enjeu est concret pour un investisseur français. Une action américaine peut progresser en dollars tout en offrir un rendement inférieur une fois convertie en euros si le billet vert se déprécie. Inversement, un dollar fort amplifie la performance en euros des actifs américains non couverts. Les ETF internationaux exposent ainsi à deux moteurs distincts : le rendement des titres détenus et l’évolution de la devise. La couverture de change peut atténuer ce second risque, mais elle a un coût et ne garantit pas une meilleure performance.

Plutôt que de parier sur un retournement immédiat de l’euro, il importe de suivre les prix de l’énergie, les décisions monétaires et l’évolution des positions de marché. Le scénario dépendra surtout de la durée du choc géopolitique et de la trajectoire relative des deux économies.