Les taux longs souverains ont significativement augmenté : le rendement du Trésor américain à 30 ans dépasse 5 %, et les coûts d’emprunt publics sont à des sommets récents en Allemagne, au Japon et au Royaume‑Uni. Classiquement, de tels niveaux pèsent sur les actions en renchérissant le crédit, en comprimant les valorisations et en rendant les obligations plus attractives par comparaison.

Pourtant, les marchés actions tiennent. Le S&P 500 progresse d’environ 13 % depuis le début de l’année, le STOXX 600 d’environ 9,5 % et le Nikkei 225 de plus de 27 %. Les responsables monétaires et certains économistes estiment que la nature de la hausse des rendements importe plus que leur niveau absolu : si les taux montent parce que la croissance et l’investissement augmentent, l’effet négatif sur le coût du capital peut être compensé par une hausse des revenus et des bénéfices.

Les témoignages cités soulignent ce point. Le président de la Fed de New York attribue en grande partie la poussée des rendements à une économie vigoureuse et à des investissements massifs dans l’intelligence artificielle, les centres de données et la technologie. Kevin Warsh note une consommation réelle en hausse et un marché du travail stable, avec un taux de chômage à 4,1 %, estimant que les conditions financières ne sont pas encore « restrictives » malgré la montée des taux.

Le soutien le plus concret aux actions est d’ailleurs opérationnel : selon FactSet, 86 % des sociétés du S&P 500 ont battu les attentes de bénéfices au deuxième trimestre, la croissance agrégée des bénéfices atteignant 52 %, les revenus bondissant de 15,5 % et la marge nette culminant à 17 %. Ed Yardeni rappelle toutefois que l’alerte viendra si les rendements continuent de grimper alors que la croissance et les bénéfices ralentissent.

Le verdict reste conditionnel : pour l’instant, des taux plus élevés coexistent avec une économie et des résultats d’entreprises robustes, mais le véritable test sera la suite — notamment la réunion de la Fed le 16 septembre — et la trajectoire conjointe des rendements, de la croissance et des anticipations d’inflation.