La correction des valeurs liées à l'intelligence artificielle redonne un rôle défensif aux obligations américaines. Les achats de bons du Trésor ont fait baisser le rendement à 10 ans de 6 points de base, à 4,925 %. Sur l'ensemble d'octobre, le recul atteint 36 points de base, ce qui constituerait la plus forte baisse mensuelle depuis décembre 2023. Les prix des obligations évoluent à l'inverse de leurs rendements.

Le mouvement intervient après une période de forte tension. Le taux à 10 ans avait atteint 5,365 % au début du mois, un sommet depuis 2002, tandis que le 30 ans avait touché son plus haut niveau en vingt-quatre ans. Les inquiétudes sur le coût de l'énergie et la dette publique avaient alors provoqué une vague de ventes. Le retour des acheteurs montre que le marché obligataire américain conserve son statut de refuge lorsque le risque boursier augmente brusquement.

Cette fois, le déclencheur vient de la technologie. Les contrats à terme sur le Nasdaq perdaient 2 %, après les résultats d'Amazon et d'Intel. Les investisseurs doutent davantage de la capacité des dépenses massives consacrées à l'IA à produire des rendements suffisants. Amazon reculait de 7 % avant l'ouverture après une forte consommation de trésorerie, tandis qu'Intel chutait de 25 % après avoir averti qu'il brûlerait encore des liquidités. La séance précédente avait déjà effacé environ 500 milliards de dollars de valeur chez Alphabet.

La détente ne concerne pas seulement l'échéance à 10 ans. Le rendement à deux ans baisse également de 6 points de base et celui à 30 ans de 4 points. Les obligations américaines surperforment ainsi leurs homologues mondiales. En octobre, le Nasdaq a perdu 3 % et l'indice des semi-conducteurs de Philadelphie 9 %, renforçant la demande de protection.

Pour l'investisseur français, une baisse des taux longs soutient généralement la valeur des obligations déjà émises et des fonds exposés à la duration américaine. L'effet réel dépend toutefois de la maturité du portefeuille et du taux de change euro-dollar. Un rebond du dollar peut amplifier la performance en euros, tandis qu'une appréciation de l'euro peut la réduire.

La prudence reste nécessaire car la Fed n'est pas encore orientée vers un assouplissement. Elle a maintenu son taux directeur entre 3,75 % et 4,00 %, et les marchés attribuent environ 75 % de probabilité à une hausse en décembre. La croissance américaine demeure robuste et l'inflation de la consommation s'est accélérée. La baisse actuelle des rendements reflète donc surtout un besoin de refuge, pas encore un changement durable de régime monétaire.