Quatre ans et demi après l’invasion russe de l’Ukraine, un petit collectif de manifestants se réunit quotidiennement en semaine devant l’ambassade de Russie à Ottawa, principalement durant la pause déjeuner lorsque le personnel sort prendre l’air. Les participants, souvent en tenue jaune et bleue, utilisent des symboles précis — parapluies Ikea bleu et jaune, flamants roses en plastique en référence aux «roquettes Flamingo», et accessoires militaires tournés en dérision — pour interpeller les diplomates et rappeler la guerre à la population.

Parmi les visages réguliers, Karen Niven-Wigston, retraitée, explique que son engagement s’est accentué face aux atrocités attribuées à la Russie, citant l’enlèvement de milliers d’enfants et le bombardement d’un hôpital pour enfants. D’autres manifestants, comme Faith Jamieson et Kathryn Morneau, adoptent des mises en scène provocantes (courgette «arme», salut moqueur) visant à mettre mal à l’aise le personnel de l’ambassade plutôt qu’à glorifier le conflit.

Le groupe dit entretenir des relations de coopération avec l’officier de liaison de la police d’Ottawa chargé de la sécurité de la mission et a adapté ses horaires pour limiter les nuisances sonores aux riverains. Toutefois, la mobilisation a connu des débordements: peinture lancée sur l’ambassade, téléphone jeté par-dessus la clôture et, en 2022, la diffusion par la mission russe d’images montrant apparemment un cocktail Molotov lancé. Un incident récent a vu un homme percer des ballons aux couleurs ukrainiennes; des analyses en ligne l’ont identifié comme possible membre des services de renseignement russes à l’ambassade.

L’équilibre entre le droit de manifester et l’obligation d’assurer la protection et la dignité des locaux diplomatiques est rappelé par la Convention de Vienne de 1961. L’ambassade de Russie n’a pas répondu aux demandes de commentaire sur la conformité du Canada à cet engagement. Le groupe s’inquiète en outre d’un possible «retour à la normalisation» des relations avec la Russie et de la baisse de l’attention médiatique portée à l’Ukraine.