Le redressement de Carrefour passe par moins d'activités, mais mieux gérées

Carrefour se trouve dans une configuration inhabituelle : une activité considérable, une valorisation modérée et un besoin persistant de rassurer sur sa capacité à créer de la valeur. Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires du distributeur a progressé de 2,1 %, tandis que le résultat opérationnel courant augmentait de 4,1 %, à 757 millions d'euros.

Le point le plus encourageant vient de France, premier marché du groupe : le résultat opérationnel courant y a progressé de 13,8 % pour atteindre 300 millions d'euros. Les activités espagnoles et brésiliennes ont également affiché une évolution positive de leur résultat opérationnel, respectivement de 7 % et 6 %. Dans une industrie à faibles marges, ces améliorations peuvent avoir un effet important sur la valeur de l'entreprise.

Les cessions changent la lecture du bilan

Le groupe s'est recentré sur trois grands marchés : la France, l'Espagne et le Brésil. La sortie d'activités moins rentables, notamment en Italie et en Roumanie, permet de réduire la complexité opérationnelle et de libérer des ressources financières. Une partie du produit de ces opérations a été reversée aux actionnaires, avec notamment un dividende exceptionnel de 150 millions d'euros.

Mais la cession d'actifs n'est pas une source de croissance récurrente. Après la simplification du portefeuille, Carrefour devra surtout prouver que les gains de productivité, la politique commerciale et les investissements dans les magasins peuvent maintenir les résultats en progression. Le commerce alimentaire évolue sous la pression des prix, des coûts logistiques et de la concurrence des enseignes à bas prix.

Une valorisation qui reflète beaucoup de prudence

Les estimations de début octobre placent le titre autour de 8,5 fois les bénéfices attendus en 2027. Cette valorisation peut paraître faible face à d'autres groupes européens de distribution. Elle s'explique aussi par les risques du secteur et par les interrogations sur la pérennité des marges.

Le rendement du dividende estimé pour l'exercice 2026 avoisine 6,3 %, sur la base d'une distribution envisagée en 2027 hors versement exceptionnel. Ce niveau attire l'attention, mais il n'a de valeur pour un investisseur que si le bénéfice et la trésorerie permettent de le soutenir.

Les éléments qui pourraient débloquer le dossier

Trois catalyseurs méritent d'être suivis : la poursuite de l'amélioration opérationnelle en France, la baisse durable de l'endettement et la capacité à réinvestir les cessions dans des opérations rentables. Une acquisition peut créer de la valeur, mais seulement si le prix d'achat et l'intégration sont maîtrisés.

La question centrale pour 2027 n'est pas de savoir si Carrefour est simplement peu cher. Elle est de déterminer si son modèle économique devient structurellement plus rentable et plus prévisible. C'est cette transformation, davantage qu'un événement financier ponctuel, qui pourrait modifier le regard des investisseurs.

Les estimations de valorisation évoluent avec les cours et les bénéfices prévus. Risque de perte en capital.