Legrand a relevé ses objectifs annuels pour la deuxième fois en 2026 après neuf mois nettement supérieurs aux attentes. Le spécialiste français des infrastructures électriques et numériques du bâtiment a enregistré une croissance organique de 12,7 % sur la période. Son chiffre d’affaires atteint 8,33 milliards d’euros, contre 8,08 milliards attendus par le consensus communiqué par l’entreprise.

Le groupe vise désormais une progression annuelle totale de ses ventes comprise entre 20 % et 22 %, dont 11 % à 13 % en organique. Cette nouvelle révision, après celle de juillet, confirme que la demande ne repose pas seulement sur des acquisitions. Elle traduit aussi une accélération des besoins en équipements électriques, alimentation, gestion énergétique et connectivité pour les centres de données.

Les États-Unis constituent le principal moteur. Ils représentent près de 45 % du chiffre d’affaires de Legrand. À structure et taux de change constants, les ventes y ont progressé de 28,7 % sur neuf mois et de 32,7 % au troisième trimestre. La forte demande d’offres destinées aux centres de données explique une grande partie de cette dynamique. Legrand bénéficie ainsi de l’investissement massif dans les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle, sans dépendre directement du succès d’un seul modèle ou éditeur logiciel.

La direction estime que cette vague ne restera pas limitée au marché américain. De nombreux pays veulent développer leur propre infrastructure d’IA pour des raisons de souveraineté. L’Europe, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique du Sud pourraient donc alimenter une seconde phase de croissance. Le groupe a déjà relevé ses ambitions à moyen terme et vise désormais une croissance organique annuelle de 6 % à 8 % entre 2027 et 2030, contre 3 % à 5 % auparavant.

Cette exposition comporte néanmoins des risques. Les centres de données consomment beaucoup d’électricité et d’eau, ce qui peut ralentir les autorisations ou imposer des normes plus strictes. Legrand considère que cette contrainte peut aussi favoriser ses solutions d’efficacité énergétique, de production sur site et d’intégration de matériaux recyclés. Le scénario positif suppose donc que les nouvelles règles améliorent le contenu technologique des projets sans réduire fortement leur nombre.

Pour un investisseur français, la publication renforce le profil de Legrand comme fournisseur d’infrastructure de la croissance numérique. La visibilité s’améliore, mais la concentration américaine, le rythme des dépenses des opérateurs de centres de données et les attentes déjà élevées du marché doivent rester surveillés. La prochaine étape sera de vérifier que la hausse des ventes se traduit durablement dans les marges et que la croissance s’étend réellement au-delà des États-Unis.